






Huttenheim est une commune du Bas-Rhin, arrondissement de Sélestat-Erstein et canton de Benfeld.
Sa superficie est de 1255 hectares et se situe à 160 mètres au dessus du niveau de la mer.

Vue aérienne du village avec son clocher unique et au fond à gauche le château d'eau de Benfeld
(1963)


A travers les siècles Huttenheim changea plusieurs fois son nom :
Vers 728 c'était Hittenheim, en 770 Hudenheim,
en 798 Hivatinquhaim, puis en 884 Hindingheim,
en 959 Hitingheim, en 1031 Hutenheim,
en 1174 Hittenheim et Huttenheim depuis 1560 (« Hettne» en dialecte local).
Situé à l'Ouest de Benfeld, non loin de la voie romaine dite "route des païens" (S'Heidestressel), le hameau avait fait partie des biens de la seigneurie féodale d'Eticho et fut légué en 667 à l'abbaye d'Ebersmunster.
Peuple laborieux et combatif, ils se composaient essentiellement de pêcheurs et de chasseurs, car le poisson et le gibier étaient abondants dans cette région.
Pour se protéger contre les nombreuses bêtes sauvages, beaucoup d’entre eux avaient érigé leurs huttes sur les berges de l'Ill et tout le long des rives des différents bras d'eau qui traversaient en méandres les prairies inondables environnantes.
Dés sa création, le village est peuplé de tribus germaniques comme toute la vallée du Rhin.
Mais cette période est instable en raison des crises de succession, des révoltes et des conquêtes.
Ainsi les Alamans furent dés le VIème siècle soumis à des duc francs désignés par les Mérovingiens.
Sous les Mérovingiens, les ducs sont des fonctionnaires royaux responsables des affaires militaires dans les territoires conquis par les Francs. Ils forment alors un pouvoir intermédiaire disposant d'une certaine autonomie.
Puis l'Alémanie devint une province du royaume de Louis le Germanique par le traité de Verdun en 843.
Au cours du déclin de la dynastie carolingienne, un Etat alaman (souabe) autonome fut rétabli.
Autour de l'an 1000, les troupes du Duc de Souabe arrivèrent en conquérants dans le pays.
(On en aurait gardé une vieille rancoeur ? [wann d'Schowe kumme !])
Ils choisirent comme lieu d'habitat l'orée de la forêt du Ried, aux confins du village, où ces Husen s'installèrent en colonie.
L'époque est alors dominée par l'empereur féodal Frédéric 1er Barberousse qui aurait fait édifier, non loin de la source de la Lutter, un somptueux castel fortifié que l'on nommait le "Husenburg" (mais dont il ne subsiste aucune trace depuis sa destruction en 1428).
Montés sur le trône, les Hohenstaufen, les illustres empereurs, conservèrent le duché de Souabe dans leur famille. Toute la région fait partie alors du Saint Empire Romain Germanique.
Après le déclin des Hohenstaufen commence l'époque du Bas Moyen Age caractérisée par la décadence politique de l'Empire, par l'émiettement territorial et la faiblesse grandissante de l'Eglise et de ses institutions. De nombreuses guerres et crises conduisent à un affaiblissement démographique.
Quand en 1250, la dynastie des Hohenstaufen s'effondra, commença une longue période de troubles dont toute l'Alsace subit le contrecoup.
Les seigneurs locaux agissaient à leur guise, usant du "droit du poing" (Faustrecht) pour commettre violences et pillages.
Le duché de Souabe et d'Alsace disparut et les richesses furent dispersés. Les Habsbourg tentèrent bien de fédérer les anciens domaines impériaux mais n'arrivèrent pas à exercer une influence déterminante sur les destinés du pays.
Le Landgraviat de Basse-Alsace a été attribué aux comtes de Werde dont la château se trouvait non loin de Huttenheim sur l'ill près de Matzenheim. Mais le dernier des Werde, Ulrich vendit la région d'Erstein, englobant le village de Huttenheim à l'évèque de Strasbourg vers 1330.

En 1239 le Husenburg était revenu aux deux frères Bourcard, écuyers originaires de Huttenheim. Ils prirent les terres sous leur patronat après avoir prêté serment de foi et hommage pour leur fief, sous l'épiscopat de Jean Il du chapitre.
Après le règne des frères Bourcard, l'évêque Berthold de Buchek fit remettre une part des titres des propriétés de Huttenheim à Hugues de Zorn, chevalier de la Basse-Alsace, qui en posséda l'usufruit jusque’en 1341.
Plus tard, notamment en 1423, le château fut acquis et habité par les nobles de Man de Monsenburg. Mais leur faste fut de courte durée, car déjà en 1428 le château fort fut pris d'assaut et détruit par les troupes épiscopales, sous les ordres de l'évêque Guillaume de Diest qui s'attitra le village et les terres. Il dilapida la fortune de l'évèché et laissa un mauvais souvenir de ses méfaits.
Le XVeme siècle commença de manière inquiétante pour les habitants en raison des tentatives des ducs de Bourgogne et du roi de France pour prendre pied dans le pays.
La guerre de cent ans interrompue à de maintes reprises, laissaient des armées de mercenaires désoeuvrés ravager la plaine. En 1365, pour la 1ere fois puis en 1375 des bandes d'anglais envahirent l'Alsace et mirent à sac la plupart de ses villages. Plus grave encore furent les invasions d'écorcheurs par le col de Saverne en 1439, puis par la trouée de Belfort en 1444 qui se répandirent dans la plaine, pillèrent et incendièrent les villages et commirent les pires méfaits.
Les villages en resteront à jamais marqués ; mais les villes fortifiées abritées des bandes de pillards poursuivent leurs développements et prospèrent à l'ombre de leurs murailles : Strasbourg, Haguenau, Colmar, Mulhouse, Sélestat, Obernai, Rosheim, Wissembourg, Kaysersberg, Munster et Turckheim obtenaient des empereurs de nombreux privilèges politiques, judiciaires et économiques.
A l'instar des villes, les villages obtinrent une organisation administrative, "Geburschaft", "Bauernschaft", ou "Gemeine". Dés lors Huttenheim achetait et vendait, levait des taxes et avait ses représentants, bien que le village appartenait toujours à un seigneur ecclésiastique représenté par un "Schultheiss" (ou prévôt). Mais un autre personnage apparait également à coté du "Schultheiss" : le "Heimburge" élu appelé plus tard "Bürgermeister" (le maire).
Des jurés (Geschworene) également élus par la population assistaient le "Heimburge" dans ses fonctions. La première mention de cette organisation date de 1252 à Orbey, puis à Schirrheim en 1294. Plus tard la vie des villageois sera régie par la "Dorfordnung" fondée sur la <<coutume>>, statuts qui contenaient les règles de police, de droits et de devoirs des villageois.

Hans Baldung Grien, ville assiégée pendant la guerre des Paysans en Alsace, 1525
La guerre des Paysans allemands (en langue allemande : Deutscher Bauernkrieg) est un conflit qui a eu lieu dans le Saint-Empire romain germanique entre 1524 et 1526 dans des régions de l’Allemagne du Sud, de la Suisse, de la Lorraine allemande et de l’Alsace. On l’appelle aussi, en allemand, le Soulèvement de l’homme ordinaire (Erhebung des gemeinen Mannes), ou en français la révolte des Rustauds.
Cette révolte a des causes religieuses, liées à la réforme protestante, et sociales, dans la continuité des révoltes du Bundschuh1 (soulier à lacets, symbole des paysans) ces insurrections qui enflamment le Saint-Empire, depuis 1493, comme celles menées par Joß Fritz.
Le souvenir des révoltes liées à l'Église hussite a pu également jouer un rôle.
On peine à imaginer que ces terribles évènements qui ont couté la vie à au moins 100000 paysans aient pu épargner notre village, bien qu'il n'existe aucune chronique précise à ce sujet.
Le début du 17e siècle apporta un nouveau souffle au village de Huttenheim.
Par
la remise des pouvoirs de l'Alsace des Margraves de Brandenburg en
faveur du Cardinal Charles de Lorraine en 1604, contre une gageure,
les paysans connurent enfin une ère meilleure. On instaura un système
d'attribution de terres avec possibilité d'acquisition, stimulant
ainsi une meilleure culture et éliminant, quoique lentement, la
grande misère dans laquelle le village était plongé.
Mais un nouveau fléau devait s'abattre sur le sort des habitants : la guerre de trente ans et le siège des Suédois qui dura de 1631 à 1635.
Cette soldatesque venue des régions nordiques subjugua toute la plaine d'Alsace.
A
Huttenheim elle brûla la très belle chapelle Sainte-Catherine (catholique), qui
était située dans les terrains entre l'Ill et le Muhlbach, et après
avoir chassé les nobles et les religieux, elle soumit les habitants à la foi réformée.
nb :
L'armée suédoise
Contrairement à celle des princes allemands, composée de mercenaires, cette armée est une armée nationale, composée de paysans suédois et animée d'un idéal commun qui s'est fortifié au cours de luttes pour l'indépendance et pour la religion luthérienne. Le pays consacre les deux tiers de son budget à son armée. Le soldat est recruté sur les listes paroissiales, où un homme sur dix peut être enrôlé. Cependant, l'armée (au plus 20 000 hommes) représente à peine 1 % de la population. Les différents corps qui la composent sont constitués de recrues d'une même province, ce qui accentue l'esprit d'unité et de solidarité de ses composantes. La noblesse fournit les officiers, promus à l'ancienneté.
Le moral de cette armée est
entretenu par des pasteurs, et c'est en chantant des psaumes qu'elle va
au combat. Les jeux, les blasphèmes, l'ivrognerie, la paillardise
sont interdits. Une forte discipline qui supprime (théoriquement) les
pillages et les violences est rendue possible grâce à une intendance
perfectionnée : approvisionnement et solde régulièrement versés,
habillement solide et pratique (draps et cuirs).
Ce qui importe aux suédois, c'est la lutte pour la foi protestante contre un catholicisme redevenu conquérant.

L'instabilité politique et religieuse du Saint Empire romain germanique est à l'origine du conflit : pour résister aux progrès de la Réforme catholique, les princes protestants, dont certains ont adhéré au calvinisme, confession non reconnue par la paix d'Augsbourg (1555), se regroupent en une Union évangélique (1608).
Les princes catholiques leur opposent la Sainte Ligue allemande (1609), dirigée par le duc Maximilien Ier de Bavière.
En 1618, les protestants de Bohême se rebellent contre l'autorité des Habsbourg. Furieux de l'abrogation par l'empereur Mathias de la Lettre de majesté de 1609 qui garantissait les libertés religieuses de la Bohême, les protestants procèdent à la défenestration de Prague, qui déclenche la guerre de Trente Ans.
Le conflit ravagera l'Europe, particulièrement le Saint Empire romain germanique, de 1618 à 1648.
Richelieu suscite l'intervention en Allemagne de Gustave II Adolphe, roi de Suède et protestant. La victoire de ce dernier sur Tilly à Breitenfeld (septembre 1631) ouvre aux Suédois la route de l'Allemagne du Sud. Rappelé par l'empereur, Wallenstein ne peut les contenir et est défait à Lützen (novembre 1632), bataille où Gustave Adolphe trouve la mort. L'armée suédoise est désormais conduite par Bernard de Saxe-Weimar et G. Horn. Wallenstein, ayant pactisé avec l'ennemi, est assassiné en février 1634 sur l'ordre de l'empereur. Après la victoire remportée par les troupes impériales, espagnoles et bavaroises à Nördlingen (septembre 1634), les Suédois se retirent au nord du Main et la Saxe signe le traité de Prague (1635).
Souvent durant des semaines, les villageois allaient se cacher dans la forêt, où beaucoup périrent dans les trous qu'ils s'étaient creusés.
Mais en dépit de leur misère, leur ferveur était inébranlable et la nuit on s'approchait sans risque et péril de la Vierge Notre-Dame de Grasweg, située derrière la chapelle du cimetière. On l'implorait pour secours et courage. Notre-Dame de Grasweg est depuis le 14e siècle un lieu de prière de fervents pèlerins.

La désunion des protestants et les négociations de paix amènent Richelieu à intervenir directement contre les Espagnols et les impériaux. D'abord menacée sur la Somme en 1636, la France se reprend : occupation de l'Alsace (1639), prise d'Arras (1640), de Perpignan (1642), victoire de Condé à Rocroi (1643).
Les Suédois réussissent une nouvelle campagne en Bohême et en Moravie et menacent Vienne en 1645. Turenne contraint la Bavière à solliciter la paix (1647). L'épuisement général et l'impossibilité pour chacun d'obtenir un avantage décisif conduisent à des négociations qui aboutissent en 1648 aux traités de Westphalie.
La guerre aura précipité la ruine – encore incomplète, mais désormais irréversible – du Saint Empire. Quant à l'Allemagne, presque totalement ravagée, elle a perdu 40 % de sa population.


La très belle chapelle dite "Notre Dame du Grassweg"



L'école des filles érigée en 1868,et à l'arrière celles des garçons dont la première construction en bois date de 1825 et la reconstruction en dur de 1901, à l’époque où l’Alsace est annexée à l’Empire allemand.
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Une des maisons alsaciennes typiques
